Artillerie rayée (système 1858) - P. LACOUR - 17 février 2007

Le système 1858 "de la Hitte" et ses munitions (4 et 12 principalement)

MATERIELS

Les rayures pour obus "à ailettes", d'abord destinées à des pièces nouvelles, sont ensuite appliquées à des matériels lisses anciens.
- 4 rayé de campagne Mle 1858, pièce nouvelle et principal matériel du système,
- 4 rayé de montagne Mle 1859, pièce nouvelle (prototypes utilisés dès 1856 ou 57 en Kabylie),
- 8 rayé de campagne (rayé en 1869), dérivé du canon de 8 de campagne Mle 1764 ("Gribeauval"),
- 12 rayé de campagne (rayé en 1859), dérivé du canon-obusier de 12 Mle 1853 ("Canon de l'Empereur")
- 12 rayé de siège (1859), dérivé du canon de 12 de campagne Mle 1764 ("Gribeauval"),
- 12 rayé de places (1865), dérivé du canon de 12 de places Mle 1732 ou 1775 ("Vallières"),
- 24 rayé de places (1864 ou 1867), dérivé du canon de 24 de places Mle 1732 ou 1775 ("Vallières"),
- 24 rayé de siège Mle 1866, pièce nouvelle ("24 Court").


GÉNÉRALITÉS

Les munitions de 4 et 12 ont connu diverses vicissitudes communes. D'une part ce furent les premières adoptées, d'autre part les impératifs de l'artillerie de campagne sont difficiles à concilier et à satisfaire.
Le 8, plus tardif et moins utilisé en 1870, n'a véritablement compté que dans l'immédiat après-guerre ; ses munitions se sont alors alignées sur le 4 et le 12.
Quant au 24, réservé aux pièces de siège et places, son domaine d'emploi très différent lui a assuré un traitement particulier.

Après la guerre de 1870 les relations avec l'Allemagne restaient très tendues. Ces matériels sont donc restés en service à titre transitoire. Tout d'abord parce qu'ils étaient les seuls disponibles, puis en complément du système provisoire de Reffye (canons de 5, 7 et 138). S'ils furent progressivement réformés au fil de la livraison des nouvelles pièces de Bange, de nombreuses pièces ont subsisté jusqu'après 1880.
Compte tenu des lamentables expériences de 1870-71, les pièces ont été un peu améliorées (charges parfois augmentées mais surtout angles de pointage plus grands). Les munitions, quant à elles, ont plutôt été simplifiées.

La majorité de la documentation usuelle étant postérieure à 1870, elle reflète plutôt cette période. Même lorsqu'elle traite des matériels avant 1870, il est toujours à craindre que certains renseignements, ou des illustrations, ne soient plus récents. Faute de certitudes, il convient de rester prudent ; c'est le cas des informations ci-dessous, sauf mention explicite.

D'autre part, les millésimes et descriptifs de cette page doivent être pris sous réserves, car le domaine est complexe et les informations parfois confuses. La date-modèle d'un matériel est en théorie celle de la décision ministérielle de son adoption, mais il y a des exceptions. Les tables de construction sont d'ailleurs parfois approuvées à une autre date ; ce qui peut causer des incertitudes...
De plus, outre les types millésimés plus ou moins bien connus, il y eut des modèles d'essai, que l'on pourrait retrouver sur les champs de tir, voire même sur les champs de bataille.

Types de projectiles

En 1858 on ne tire que rarement les boulets pleins. Ceux-ci, peu efficaces en campagne, sont depuis quelques décénies réservés au tir contre les obstacles très résistants. On utilise désormais les "obus ordinaires", toujours sphériques mais creux et remplis de poudre, dont l'éclatement projette de 20 à 30 éclats.
Contre les troupes, on préfère même les "obus à balles" (obus "à la Shrapnell"), plus minces et remplis de balles de plomb bloquées par du sable et du soufre fondu, avec une charge de poudre juste suffisante pour briser l'obus. Ceci doit se produire en l'air, un peu en avant de l'objectif visé ; les balles ainsi libérées forment une gerbe efficace sur 50 à 200 mètres, "portant au loin l'effet de la mitraille". En théorie la gerbe est conique, dirigée vers le point qu'aurait frappé l'obus, et sa vitesse moyenne est égale à la vitesse restante de l'obus au moment de l'éclatement.
Pour les tirs à très courte portée, la "boîte à mitraille" projette une gerbe de grosse balles dévastarice sur quelques centaines de mètres.

Avec les obus "à ailettes" du système 1858, le rayage des tubes stabilise le projectile, ce qui autorise à utiliser une forme allongée ; cylindro-ogivale en l'occurence.
L'obus ordinaire présente des parois très épaisses à l'ogive, garantissant une bonne pénétration dans les obstacles résistants et rendant le boulet plein superflu.
Les parois de l'obus à balles sont plus minces. La charge d'éclatement étant placée à l'avant, la gerbe de balles est un cône creux, de vitesse un peu plus faible que la vitesse restante.

Il semble que le tracé exact de certains obus ait évolué, avec ou sans attribution d'une nouvelle date-modèle. Peut-être pour des raisons balistiques mais plus sûrement pour des raisons pratiques. Par exemple, une note de 1873 atteste que le taraudage des obus est désormais unifié à 25 mm pour les obus de 4, 8 et 12 rayé, mais qu'il reste des approvisionnements d'obus de 4 et de 12 taraudés à 22 mm (les obus de 24 rayé semblent avoir toujours été taraudés à 30 mm).

Fusées et modes de tir

La stabilisation par rayures assurant que l'obus frappe la pointe en avant, il est possible de l'armer d'une fusée "percutante" (déclanchant l'éclatement à l'impact), alors qu'auparavant seule la fusée "fusante" était envisageable (éclatement au bout d'une durée pré-déterminée).

Dans la fusée percutante Demarest, adoptée en 1858, la percussion est déterminée par l'enfoncement du tampon de bois formant bouchon. Mais dans un sol très mou, l'obus "fait fougasse" (il s'enfonce trop profondément pour que son éclatement produise un effet).
L'effet correct n'est obtenu qu'en tir de plein fouet, avec un impact assez rasant pour que le projectile s'enfonce très peu et ricoche. Il reprend alors l'air (sous un angle supérieur à l'angle de chute) pendant que la fusée percutante s'enflamme. L'obus éclate au bout d'un temps très court, mais il est déjà ressorti du sol (d'une hauteur variable selon les cas). Une bonne visée permet de fixer l'impact, et donc le point d'éclatement, beaucoup plus précisément qu'avec un tir fusant ; et l'éclatement à faible hauteur donne les effets maximaux.
Le ricochet se produit lors des impacts sur sol dur, entre 50 m et 2400 m. Malheureusement, aux distances inférieures à 1000 ou 1200 m, l'obus frappe trop à plat et ricoche sans que le tampon ne soit enfoncé, et l'éclatement ne se produit pas à l'endroit prévu.
En conséquence la fusée fusante, allumée par les gaz au départ du coup, restera l'amorçage privilégié des obus ordinaires. Le respect de cette directive sera une cause importante des déboires de 1870. Cependant les officiers qui, l'outrepassant délibérément, tirèrent toujours fusée percutante, furent très satisfaits de leurs canons (p. ex. le Cne de la Laurencie, Belfort).

Pour les obus à balles, qui doivent éclater en l'air, l'amorçage fusant reste le choix logique.
Les obus à balles pourraient cependant aussi être armés d'une fusée percutante, en vue de les tirer "à ricochet". Mais le choc au sol ayant ralenti l'obus, la gerbe de balles libérée par l'obus est moins rapide. Effets d'autant plus amoindris que l'obus est alors en trajectoire ascendante, la gerbe pouvant alors passer au dessus de l'objectif, surtout si les homme sont un peu abrités derrière un talus, ou simplement couchés. Lorsque les balles retombent, quelques centaines de mètres plus loin, elles n'ont plus assez de vitesse pour être dangereuses (on considère généralement que les balles ne sont dangereuses que si elles marquent nettement un panneau de bois revêtu d'un uniforme d'hiver).

De 1858 à 1870 les fusées font l'objet de recherches intensives, car on est bien conscient qu'elles sont le point faible du système. De nombreux types, plus prometteurs les uns que les autres, sont testés ... mais en définitive, leur fiabilité est si incertaine qu'on en reste à des types primitifs, mais qui au moins fonctionnent à peu près.
En 1872-73, on en revient même à type unique, celui qui s'est finalement révélé le moins décevant : la fusée percutante Demarest arme alors tous les obus de 4, 8 et 12, ordinaires ou à balles (ce qui implique que l'obus à balles soit tiré à ricochet). Seul l'obus à balles de 24 conserve une fusée fusante, à 6 durées (modèle 1870).
Les recherches se poursuivent cependant, et aboutiront parfaitement, mais à l'usage des nouveaux systèmes d'artillerie, de Reffye et De Bange.



Quelques notes sur le canon de 4 rayé de Campagne

Poids du tube 330 kg.
Les deux hausses, médiane et latérale, sont inclinées de 1/10 à gauche pour compenser les effets de la dérivation.
La roue est du type "n° 2 bis de campagne", diamètre 143 cm, pesant 70 kg pour le type à moyeu en bois et 76 kg pour le type à moyeu métallique (bronze). Toutefois, le moyeu métallique ne doit apparaître qu'après 1870, les premiers essais ayant été effectués le 20 décembre 1873, sur la roue n° 2 du canon de 12.
La roue n° 2 bis est utilisée sur les équipages de 4 rayé de campagne, de canon à balles sur affût de 4, de 5 (de Reffye), de 80 de campagne (de Bange), et sur divers chariots.


Retour à la page "Notes sur l'Artillerie"

Écrire à l'auteur

Site hébergé par : Wanadoo Interactive, 48 rue Camille Desmoulins, 92791 Issy-Les-Moulineaux Cedex 9